J'ai traversé le désert de Mælifellssandur un 14 juillet à 23 h, sous un soleil qui refusait de se coucher, et je n'ai croisé personne pendant quatre heures. Pas une voiture. Pas un mouton. Rien. Quand je suis redescendu vers la civilisation à Kirkjubæjarklaustur, le premier parking touristique m'a donné un vertige presque physique : quinze minivans, deux bus, une file d'attente pour une pancarte en bois.
Voilà ce que personne ne vous dit sur un road trip en Islande hors des sentiers battus : le vrai problème n'est pas de trouver de beaux endroits. Le pays en déborde. Le problème, c'est que les plus beaux coins isolés sont aussi les plus difficiles d'accès, et qu'accéder à ces zones demande une logistique que 90 % des articles « pépites secrètes » passent sous silence.
J'ai fait quatre séjours en Islande entre 2019 et 2023, dont deux en van, un en 4x4 de location, un en voiture de tourisme que j'ai regrettée amèrement. J'ai appris à la dure ce qui marche et ce qui vous coûte 1 800 € de dépannage au milieu de nulle part.
Points clés à retenir
- Les F-roads (routes de haute terre) n'ouvrent que l'été, souvent fin juin, et uniquement aux 4x4 — pas aux campervans 2 roues motrices.
- Les spots vraiment vides se trouvent dans les hautes terres, les Strandir et le Hornstrandir : des zones où le ravitaillement en carburant est un vrai casse-tête.
- Le bivouac sauvage est interdit dans les zones protégées et sur terres privées sans autorisation ; les amendes existent.
- Le réseau mobile disparaît sur de longs tronçons — emportez une carte papier et informez quelqu'un de votre itinéraire.
- La saison change radicalement ce qui est faisable : ce qui passe en août est fermé en mai.
Road trip en Islande hors des sentiers battus : où ça se passe vraiment
Oubliez Snæfellsnes, le Cercle d'Or et la côte sud entre Vík et Jökulsárlón. Ces zones sont magnifiques, mais en juillet vous y partagez chaque cascade avec 200 personnes descendues de trois bus. Le vrai hors-piste islandais se concentre dans trois grandes familles de lieux.
Les hautes terres, accessibles uniquement par F-roads
Le Landmannalaugar attire déjà son lot de monde, mais dès que vous poussez vers le nord dans le désert de Fjallabak, la densité s'effondre. Kerlingarfjöll, une chaîne volcanique de rhyolite aux couleurs ocre et rouge, se rejoint par la route F35 puis la F347. Le dernier tronçon traverse des gués. J'y suis passé en Toyota Land Cruiser de location, et honnêtement, je n'aurais pas tenté avec un Dacia Duster.
Le Lónsöræfi, à l'est du Vatnajökull, est probablement la zone la plus vide que j'aie jamais parcourue en Islande. On y accède par la F985 depuis la route 1 près de Höfn, puis à pied pour les sentiers. Cinq jours de randonnée sans croiser personne, sauf deux gardiens de refuge.
La péninsule de Strandir, le Far West oublié
Prenez la route 61 vers le nord depuis Hólmavík, et continuez jusqu'au bout. Strandir, c'est une côte de fjords étroits, de fermes isolées, de sources chaudes gratuites posées au bord d'une plage de galets. La source de Krossneslaug, à la fin de la route, est un bassin construit en 1952 face à l'océan. Quand j'y suis allé, un couple de retraités allemands et moi. C'est tout.
Une chose que je n'avais pas anticipée : la route 61 vers Strandir inclut une section non goudronnée d'environ 40 kilomètres dans mon souvenir, avec des nids-de-poule qui m'ont fait perdre un enjoliveur. Louez de quoi crever sans pleurer.
Le Hornstrandir, inaccessible sans bateau et sans jambes
Les réserves naturelles du Hornstrandir, dans les Vestfirðir, n'ont ni route, ni habitations permanentes, ni accès en voiture. On y arrive en bateau depuis Ísafjörður, et on en repart à pied. C'est le refuge des renards polaires. Zones de bivouac réglementées, départ obligatoire avec déclaration d'itinéraire.
Je n'y suis pas encore allé. C'est mon prochain objectif, et je prévois trois ans de préparation physique minimale. Le Hornstrandir ne se improvise pas.
Ce qu'il faut savoir avant de partir : la logistique des zones isolées
Les articles « spots secrets » vous montrent des photos. Aucun ne vous parle du vrai sujet : comment survivre logistiquement dans ces zones.
Quel véhicule pour quel type de route
| Type de véhicule | F-roads autorisées | Zones accessibles | Mon verdict |
|---|---|---|---|
| Voiture de tourisme 2WD | Non | Route 1, côte sud, Cercle d'Or | Insuffisant pour le hors-piste |
| Campervan 2WD | Non | Route 1, péninsules goudronnées | Pratique mais bridé |
| 4x4 compact (Duster, RAV4) | Routes F faciles | Kerlingarfjöll, Landmannalaugar | Bon compromis |
| 4x4 surélevé (Land Cruiser, Hilux) | Toutes les F légales | Lónsöræfi, Strandir, hautes terres | Le vrai choix hors-piste |
Une erreur que j'ai faite en 2021 : louer un campervan 2WD en pensant naïvement pouvoir emprunter la F208 pour rejoindre Landmannalaugar. Mon loueur m'a rappelé — très gentiment mais très fermement — que rouler en F-road avec ce véhicule annulait ma couverture d'assurance. Et que la F208 comprend des gués profonds jusqu'à 70 cm selon les années.
Le carburant, votre obsession numéro un
Dans le Strandir nord, entre Hólmavík et Norðurfjörður, comptez environ 110 km sans station. Dans les hautes terres, certaines F-roads n'ont aucune pompe sur 150 km. Faites le plein dès que l'occasion se présente, même à moitié vide. J'ai vu un couple bloqué à la station de Hvolsvöllur en train de calculer frénétiquement ses kilomètres restants.
Couverture réseau et sécurité de base
En dehors de la route 1 et des villages, le signal mobile est aléatoire. Sur plusieurs tronçons de F-roads, il est inexistant. Le 112 Iceland app est utile mais inutile sans signal. Emportez une carte papier au 1:300 000 minimum, informez votre loueur de votre itinéraire, laissez un plan à un proche.
Questions fréquentes sur un road trip en Islande
Combien de km pour faire le tour de l'Islande ?
Le tour complet par la route 1 totalise environ 1 330 km. Aucune source officielle ne donne un chiffre unique mais toutes s'accordent autour de 1 330 à 1 400 km selon les détours. À cela s'ajoutent, si vous ajoutez des F-roads et des péninsules, facilement 800 à 1 200 km supplémentaires.
Pour un road trip hors des sentiers battus, prévoyez au minimum 2 500 km au total. Sur 10 jours, c'est ambitieux mais faisable en 4x4 avec des étapes de 250 à 300 km/jour maximum.
Un road trip Islande 7 jours, c'est faisable ?
Oui, mais pas pour du hors-piste réel. Sept jours suffisent pour le Cercle d'Or, la côte sud jusqu'à Jökulsárlón, et une incursion rapide à Landmannalaugar. Si vous voulez Strandir ou Lónsöræfi en une semaine, vous passez plus de temps sur la route qu'à découvrir. Mon conseil : 7 jours, restez dans le sud-ouest, faites-le bien.
Road trip Islande 10 jours ou 15 jours : lequel choisir ?
10 jours, vous faites un tour partiel avec 2-3 spots hors-piste. 15 jours, vous bouclez le tour complet en incluant Strandir et deux ou trois F-roads. J'ai fait mon premier voyage en 10 jours et j'ai regretté chaque heure passée au volant sans m'arrêter. 15 jours est le vrai sweet spot pour du hors-piste sérieux.
Que visiter en Islande en été ?
En été (juin-août), presque tout est ouvert : hautes terres, F-roads, Hornstrandir (bateaux réguliers), refuges. C'est la seule fenêtre pour le hors-piste réel. En dehors, vous êtes limité à la route 1 et quelques zones côtières. Le soleil de minuit permet de rouler tard sans stress, ce qui change toute la logistique.
Règles et sécurité qu'on oublie souvent
Le bivouac sauvage est interdit dans les zones protégées, sur terres privées sans autorisation, et sur les parkings des sites touristiques. Il est toléré ailleurs pour une nuit, sans installation permanente. Si un garde vous demande de partir, vous partez. Les amendes peuvent atteindre des montants significatifs.
Les sources chaudes naturelles comme celles de Strandir sont souvent sur terres privées mais accessibles. Restez discret, remportez vos déchets, ne laissez rien. Une source que j'ai vue en 2019 était déjà en partie abîmée par du savon et des mégots en 2023.
La météo change en une heure. Un ciel bleu à 14 h peut devenir tempête à 17 h. Les routes F ferment temporairement sans préavis. Vérifiez le site road.is et vedur.is chaque matin. Non, ce n'est pas optionnel.
Ce qui reste quand on rentre
Je pense souvent à cette nuit de juillet dans le Mælifellssandur. Pas pour le paysage — quoique. Surtout pour le silence. Un silence qui n'existe plus nulle part en Europe, à part peut-être dans quelques coins de Laponie.
Un road trip en Islande hors des sentiers battus n'est pas plus beau qu'un road trip classique. Il est juste plus cher en temps, plus exigeant en préparation, plus risqué en logistique. Et il vous offre quelque chose que les autres ne vous donneront jamais : la possibilité de vous sentir, pendant quelques heures, seul au monde dans un pays qui continue de tourner sans vous.
Ça vaut le détour. Franchement, ça vaut tous les détours.