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Plongez au cœur des traditions de la fête des lanternes en Asie

La fête des lanternes n'existe pas au singulier : entre rites chinois millénaires, lanternes flottantes thaïlandaises et rituels vietnamiens, savez-vous vraiment ce que cachent ces lumières dans la nuit ?

Plongez au cœur des traditions de la fête des lanternes en Asie

Il y a une question qu'on me pose presque chaque année, vers la fin février : « Mais pourquoi les Chinois accrochent-ils des lanternes partout, au juste ? » Et à chaque fois, je bafouille. Parce que la vraie réponse est double. Il y a le lanternes qu'on accroche pour faire joli, et il y a celles qui veulent dire quelque chose. Et entre les deux, il y a environ deux mille ans de rites, de légendes et de pratiques locales qu'on a un peu trop tendance à mettre dans le même panier.

J'ai eu la chance de voir la fête des lanternes en Asie à plusieurs reprises, dans des contextes très différents : une exposition à Taipei un soir d'hiver humide, des lâchers au-dessus d'une rivière en Thaïlande, et une ville vietnamienne transformée en guirlande géante à la tombée de la nuit. Ce que j'en retiens, c'est que la fête des lanternes n'existe pas au singulier. C'est une famille de traditions, parfois sans rapport entre elles, qu'on a rassemblées sous une même étiquette parce que toutes impliquent de la lumière dans le noir.

Voici ce que j'ai fini par comprendre, et ce qui vous aidera à ne plus confondre les lanternes chinoises, thaïlandaises et vietnamiennes.

Points clés à retenir

  • En Chine, la fête des lanternes tombe le 15e jour du premier mois lunaire et clôt les célébrations du Nouvel An chinois.
  • Le rituel n'est pas seulement décoratif : il sert à accompagner les esprits, attirer la chance ou repousser le malheur, selon le pays.
  • La Thaïlande distingue deux fêtes souvent confondues : Loy Krathong (lanternes flottantes sur l'eau) et Yi Peng (lanternes volantes).
  • Au Vietnam, Hoi An organise un rituel mensuel de lanternes sur la rivière, sans lien direct avec le Nouvel An chinois.
  • Les versions européennes (Paris, Lyon, Rouen) sont des reprises commerciales et scénographiques, pas des rites traditionnels.

L'origine de la fête des lanternes : une affaire de dieux et de feux

La première fois qu'on m'a raconté la légende de l'origine, j'étais assis dans une petite cour de Taipei, un thé tiède à la main, et mon hôte m'a regardé avec un sourire en coin en disant : « Vous voulez la version religieuse ou la version pratique ? »

Il y en a en effet plusieurs. La plus répandue met en scène l'empereur Han Mingdi, qui aurait ordonné d'allumer des lanternes le quinzième soir du premier mois lunaire pour honorer Bouddha. Une autre parle d'un dieu du ciel furieux de ne pas recevoir les honneurs dus, menaçant de brûler une ville entière : les habitants auraient alors allumé des lanternes rouges et fait du bruit pour simuler l'incendie et tromper le courroux divin. La version la plus terre-à-terre, enfin, est simplement agricole : marquer la fin de l'hiver et appeler la lumière sur les futures récoltes.

Quelle est la date de la fête des lanternes ?

En Chine, elle tombe le 15e jour du premier mois du calendrier lunaire, soit la première pleine lune de l'année. Concrètement, dans le calendrier grégorien, cela se situe en général entre début février et début mars — mais la date exacte change tous les ans, et si vous voulez la connaître pour une année précise, il faut consulter le calendrier lunaire de l'année en question plutôt que de se fier à un souvenir approximatif.

En Thaïlande, la fête Yi Peng suit elle aussi un calendrier lunaire, avec une variation selon les régions — et il ne faut pas la confondre avec le festival de Loy Krathong. Quant à Hoi An, c'est une autre logique encore : le rituel se répète chaque mois, le soir du 14e jour lunaire, à la veille de la pleine lune.

Qu'est-ce que le rituel des lanternes ?

Le rituel varie énormément d'un lieu à l'autre, mais on peut dégager un socle commun : il s'agit de transférer quelque chose — un vœu, une prière, une mauvaise énergie — dans une lanterne, puis de laisser celle-ci partir. Ce départ peut se faire vers le ciel (lanterne volante), sur l'eau (lanterne flottante) ou simplement en l'accrochant dans un lieu sacré, où elle reste.

Ce que j'ai vu, à Taïwan comme en Chine continentale, c'est surtout la version fixe : les lanternes sont suspendues, souvent avec une énigme écrite dessus, et le public doit deviner la réponse. Ça ressemble à un jeu, mais c'est une pratique ancienne — les énigmes de lanternes faisaient partie du divertissement lettré depuis des siècles.

Le petit détail que je n'avais pas anticipé : on mange. Les tangyuan, ces boules de riz gluant servies dans un sirop sucré, sont le plat emblématique de la fête en Chine. Leur forme ronde renvoie à l'unité familiale. Franchement, pour un repas de fête, c'est plus sobre qu'un réveillon, mais ça marque bien le côté « dernier jour ».

Ce que symbolisent vraiment les lanternes chinoises

La lanterne rouge est devenue un cliché visuel — on en vend dans n'importe quel magasin de décoration asiatique en Europe. Mais dans son contexte d'origine, chaque couleur et chaque forme ont un sens précis.

Ce que symbolisent vraiment les lanternes chinoises
  • Le rouge : la couleur la plus fréquente, associée à la chance, à la joie et à la protection contre les mauvais esprits.
  • Le blanc : attention, contre-intuition — dans le contexte funéraire, c'est la couleur du deuil.
  • La forme ronde : elle évoque l'harmonie et la réunion familiale, ce qui explique pourquoi les lanternes rondes sont si courantes pendant la fête.
  • Certaines lanternes portent des inscriptions : des vœux, des noms, parfois des prières pour une récolte abondante.
  • Les lanternes célestes (Kongming) ont un rôle différent : elles sont liées à l'envol des souhaits, avec tout le risque incendie que cela comporte — d'où les restrictions dans certaines régions.

J'ai fait un lapsus que je n'oublierai pas : lors de ma première visite, j'ai complimenté le « joli rouge porte-bonheur » d'une lanterne… qui était en réalité une lanterne funéraire. Mon hôte a été très gentil, mais j'ai senti le malaise. Les codes de couleur ne sont pas interchangeables.

Pourquoi accroche-t-on des lanternes dans les temples ?

Dans la pratique quotidienne, accrocher une lanterne dans un temple est un geste de dévotion qui sert à la fois à remercier pour une faveur reçue et à en demander une nouvelle. Certains temples permettent même d'inscrire son nom sur une lanterne pour une durée déterminée — un peu comme un ex-voto lumineux. C'est une pratique encore vivante dans plusieurs temples de Taïwan, où les files d'attente pour les lanternes du Nouvel An sont longues.

La fête des lanternes en Thaïlande : deux fêtes, pas une

C'est l'erreur la plus répandue dans les articles touristiques : mettre « Loy Krathong » et « Yi Peng » dans le même sac. Alors on va mettre les choses au clair, parce que ce n'est pas la même chose.

La fête des lanternes en Thaïlande : deux fêtes, pas une
Fête Type de lanterne Où va-t-elle Signification principale
Loy Krathong Krathong (petit radeau de bananier) Sur l'eau (rivière, canal) Remercier la déesse de l'eau et se débarrasser du négatif
Yi Peng Khom loi (lanterne volante) Dans le ciel Symbolise l'envol des malheurs et un nouveau départ

La première chose à comprendre, c'est que Loy Krathong n'est pas forcément une fête de lanternes au sens strict — le krathong est un petit radeau décoré, pas une lanterne volante. On y dépose une bougie, des fleurs, de l'encens, et on le laisse descendre la rivière. C'est un rite de gratitude envers les eaux, avec une dimension de purification personnelle. J'ai vu des familles entières s'y mettre, chacune préparant son radeau, et l'atmosphère était plus recueillie qu'on ne pourrait le croire.

Quelle est la signification de la fête des lanternes en Thaïlande ?

Pour Yi Peng, la symbolique dominante est celle du lâcher-prise. En laissant partir une lanterne, on symbolise le fait de laisser derrière soi une inquiétude, une mauvaise année, une blessure. C'est très proche, dans l'esprit, du rituel du lâcher de ballon — sauf qu'ici la dimension spirituelle bouddhiste est explicite.

Le hic, c'est que le lâcher de lanternes volantes est de plus en plus encadré, pour des raisons de sécurité aérienne et d'incendie. Certaines zones l'interdisent, d'autres limitent les horaires. Si vous voulez y assister, vérifiez l'état des règles locales avant de réserver.

Le Vietnam : les lanternes de Hoi An, une tradition à part

Hoi An a un rapport aux lanternes complètement différent de ce qu'on voit en Chine ou en Thaïlande. La ville, classée au patrimoine mondial, éteint son éclairage électrique une fois par mois — le soir du 14e jour lunaire — et laisse la place aux lanternes de soie colorées accrochées aux façades et flottant sur la rivière Hoai.

Le Vietnam : les lanternes de Hoi An, une tradition à part

Ce que j'ai trouvé frappant, c'est que cette pratique a une dimension communautaire et commémorative, pas seulement festive. On y dépose des lanternes sur l'eau en mémoire d'ancêtres, en formulant un vœu. Le cadre — vieilles maisons en bois, pont couvert — ajoute au dépaysement, au risque de tomber dans le décor touristique. Et honnêtement, certains soirs, on y est plus proche du spectacle que du rite. Mais ça reste un moment que je conseille, à condition d'y aller en dehors des pics de fréquentation.

Et les « fêtes des lanternes » en France : attention au malentendu

On voit fleurir un peu partout, en France, des événements marketing intitulés « fête des lanternes » à Paris, Lyon ou Rouen. Ce sont des installations lumineuses, souvent dans des parcs ou des jardins, avec des lanternes géantes à thème. C'est joli. C'est aussi une reprise scénographique de codes visuels asiatiques, sans le contenu rituel.

Ce n'est pas un problème en soi — on ne va pas exiger des gens qu'ils brûlent de l'encens pour visiter un parc illuminé. Mais il faut le savoir : ces événements n'ont pas la même signification que les fêtes qu'ils imitent. Si vous cherchez le sens, il faut aller à la source.

Tableau récapitulatif : un rite, des visages

Pays / région Nom local Périodicité Type de lanterne Signification dominante
Chine / Taïwan Yuanxiao 15e jour du 1er mois lunaire Fixée, suspendue, parfois volante Clôture du Nouvel An, vœux, unité familiale
Thaïlande Yi Peng Calendrier lunaire, variable Volante (khom loi) Lâcher-prise, purification
Thaïlande Loy Krathong Calendrier lunaire, variable Flottante (krathong) Gratitude envers l'eau, rejet du négatif
Vietnam Hoi An 14e jour lunaire, chaque mois Flottante et suspendue Commémoration, vœux
France — Variable, souvent hiver Scénographique Divertissement, décor

Ce tableau, je l'ai construit après plusieurs années de confusions et de recoupements. Il n'est pas parfait — certaines régions ont des variantes locales, et la Corée ou le Japon ont leurs propres traditions de lanternes que je n'ai pas encore eu l'occasion d'observer assez pour en parler honnêtement.

Mais il permet de sortir d'une confusion fréquente. Une lanterne, ce n'est pas seulement un objet lumineux : c'est un support de sens, et ce sens change du tout au tout selon le pays, la date, et même l'endroit où on la pose.

Et si vous assistez un jour à l'une de ces fêtes, un conseil que je m'applique à moi-même depuis ce fameux lapsus : avant de commenter la couleur d'une lanterne, demandez à votre hôte ce qu'elle veut dire. On apprend toujours quelque chose.

Yannick Turpin

Yannick Turpin

Yannick Turpin est un auteur passionné par la gastronomie locale et les randonnées en montagne. Avec une profonde connaissance des saveurs régionales et des sentiers pittoresques, il partage son amour de la nature et des traditions culinaires à travers ses écrits captivants. Son travail reflète un engagement à découvrir et à promouvoir les richesses culturelles et naturelles de chaque région explorée.

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